26 mai 2017

«On constate une événementialisation de la vie culturelle et sociale» | Liberation.fr

Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS, analyse la généralisation de manifestations de grande ampleur qui, au-delà d’attirer ressources et touristes, révèle de réels enjeux politiques pour les villes.

Observateur de l’écosystème des festivals, Emmanuel Négrier, directeur de recherche CNRS en science politique au Centre d’études politiques de l’Europe latine (Cepel) à l’université de Montpellier-I, revient sur l’événementialisation du rapport à la culture dont la manifestation Un été au Havre est le dernier signe.

Comment nommer ces manifestations XXL axées sur le tourisme culturel qui fleurissent ces dernières années ?

Il faudrait sans doute parler de «saisons», ou d’événement d’événements, voire de minicapitales culturelles puisqu’ils appartiennent au même régime que les «Capitales européennes de la culture». Ce ne sont plus des festivals au sens où leur identité artistique est multiforme, leur durée est dilatée, que la part d’espace public et de mobilité sur le territoire est plus importante, qu’ils fédèrent un nombre conséquent d’acteurs publics et privés. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque ces événements opèrent en fait une inversion du schéma festivalier classique. Pour résumer, on dirait qu’un festival, c’est une identité artistique singulière qui se pose sur un territoire, lequel en hérite symboliquement. Or, ici, la singularité ne naît plus de l’identité artistique en tant que telle (tel genre de musique, par exemple) mais des spécificités d’un territoire qu’il s’agit de dynamiser. Il sert alors de pépinière, de laboratoire, de réceptacle, de lieu de fabrique original d’une offre artistique qui, elle, n’a pas besoin de se singulariser, ni en termes de discipline ni en termes de thématique. L’art est le moyen au service du territoire tandis que, dans le cas des festivals, le territoire reste un moyen au service de l’art.

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