3 avril 2017

Des métiers sexués dans les salles de concert ? | Maze.fr

Si les femmes occupent aujourd’hui une vraie place dans les professions artistiques, les métiers liés aux salles de concert semblent faire partie des moins féminisés dans le domaine culturel. En cause, les mentalités qui lient ce secteur professionnel aux hommes. Si les choses évoluent, elles ne concernent pas tous les types d’emploi.

« Quand j’étais en master métiers de la culture, sur une promotion de 40 étudiants, il n’y avait que trois mecs. Un professeur nous avait dit : Vous verrez que dans quelques années ce sont eux qui seront aux postes de directeur ou programmateur », raconte Charlène Houdayer, chargée de l’accompagnement au 6par4, à Laval. Aujourd’hui en France, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au sein des salles de concert, la femme est moins représentée et qualifiée que ses pairs.

La différence entre hommes et femmes se joue d’abord sur la différenciation sexuée des métiers. On observe un inégal accès aux postes de responsabilité, découlant sur une inégalité salariale. La Fédération nationale des lieux de musiques actuelles (FEDELIMA) a mené une étude sur les salariés permanents de ses adhérents. « Les femmes ont tout à fait accès aux postes très qualifiés qui demandent des diplômes et des compétences pointues, mais à certains postes seulement », explique Flavie Van Colen, directrice adjointe à la salle Paloma, à Nîmes, qui siège aussi au bureau de cette structure. Au sein des salles de concert, les femmes se retrouvent plus souvent dans des postes liés à la communication, à l’administratif ou à la production. Selon la FEDELIMA, au sein des salles, 60% des chargés de communication, 70 % des administrateurs et 60% des chargés d’action culturelle sont des femmes.

A l’inverse, elles ne représentent que 25% des directeurs et 12 % des programmateurs de salles. « Beaucoup de métiers de programmation et dans le domaine technique sont historiquement dévolus aux hommes, explique Stéphane Amiel, du festival les Femmes s’en mêlent. Le milieu de la musique étant comme beaucoup d’autres très masculin (des labels aux studios en passant par les salles de concert) on a pu noter la faible présence des femmes. » Si certaines structures comme le 6par4 à Laval, la Centrifugeuse à Pau ou encore le Café de la Danse à Paris font figures d’exceptions, les programmateurs et directeurs sont presque toujours des hommes. « Ce sont les postes les plus légitimes symboliquement, les plus prestigieux, ceux pour lesquels la reconnaissance des pairs est fondamentale. Et aussi bien sûr les postes les mieux payés », insiste Flavie Van Colen.

Quand ces postes plus « prestigieux » sont occupés par des femmes, la pilule est parfois dure à faire avaler aux professionnels qui gravitent autour de ces salles. « La dernière fois, on m’a demandé à quel poste j’étais dans ma salle. Lorsque j’ai répondu que je m’occupais de la programmation et de la production, on m’a répondu “Ah, tu es assistante ?” Après avoir affirmé que non, on m’a regardé avec des grands yeux », raconte Gisèle Lescuyer, responsable de la programmation et de la production au Café de la danse à Paris.

« Mais une fois qu’on a constaté ça, les leviers sont très complexes à activer: les femmes ne postulent pas, ou très peu sur ces postes, modère Flavie Van Colen. A l’automne, j’ai recruté un nouveau Directeur Technique et un nouveau Régisseur Général: dans les deux cas, j’ai reçu deux CV de femmes et 70 CV d’hommes. » Un mécanisme d’autocensure qu’a également remarqué Ludivine Chopard, directrice de la SMAC07 en Ardèche. « J’imagine qu’il y a un complexe d’infériorité « intégré ». Combien de femmes n’ont pas postulé en se disant qu’elle n’avait pas les épaules ? L’auto censure c’est dangereux aussi. » Dangereux aussi pour la programmation. En étant souvent l’affaire des hommes, le choix des artistes et de la couleur artistique sur scène peut manquer de diversité et d’un regard différent sur la question.

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